23.11.11

Petites scènes de la vie à l’envers

Quatre tables, une chaise

Devant la fenêtre, face à la mer,

Face à la terre

Qui est une mer

Pour ceux qui s’y noient.


Des paroles aux gestes tus,

Aux sourires qui s’évaporent,

Le cœur des choses est dur

Qui jamais ne se met à nu,

Sauf aux éclipses, parfois.


Déjà bien loin de l’adieu

Qui liait les mains,

Le train parcourt, lent

Et sinuant, le gris du chemin

Des renoncements.


L’arme au poing

Braquée sur le ventre,

Le visage est interdit,

L’instant replié dans un cri,

Un jaillissement de larmes.


L’angoisse doucement a fui

Par toutes les routes de la nuit,

Les rues, les places ne sont refuges

Qu’aux ombres

Au bout du quai, la tentation d’en finir.


Puis le matin, pour de vrai,

Pas le mensonge d’une aube trop pure,

Ni l’impasse de branches rompues

A l’éclat d’un soleil aveugle,

Sa promesse, seule et dévêtue.

16.8.11

Paysage

photo Sandrine Duwime (merci !)

Écorchure

Pour tout serment

Le sang en longues trainées

De la terre jusqu’aux écorces

Aux corps trop longuement cuits des causses

Aux côtes lacérées et austères

Comme labourées de rides amères

Et à la cime des roches

L’ornement momentané du silence

Tel le fruit oublié des puits

Des tombes

Des nids

Telle la troupe du vent s’en allant toujours plus au sud

L’âpre et salée déchirure

L’oublieuse des êtres

La dévoreuse des rêves

Entre le ciel et le cœur des choses

Tout juste

En plein milieu

15.8.11

Le désir de l’eau

A l’exact inverse du ciel

Le nu reflet

Par où le jour se tord

Il pleut


Comme il pleuvrait

Sur la terre encore

Si la terre n’abdiquait

Son pouvoir de changer

L’eau en or


Il pleut

Et un monde de nuit

Sereinement nait

D’entre les doigts

Goutte à goutte


Et le désir de l’eau

Lentement monte des tréfonds

Jusqu’aux bouches silencieuses.

6.8.11

Sous le vent des arbres nus

Michael Kenna - Philosopher's Tree, Study 3, Biei, Hokkaido, Japan, 2009


Sous le vent des arbres nus

S’attardent les désirs de sèves sans fin

Les mains soulèvent l’écorce vide

Écorchent l’ombre glissante des nuages


Sous le vent des arbres nus

Il a plu des soupirs au goût de ciel trop mûr

Averses sur les lèvres et sur la peau

L’ivresse partie en lambeaux


Sous le vent des arbres nus

Demeurent les souvenirs à l’affût

Entre les branches au fond des yeux

Au fil de l’horizon comme un adieu